From "Le Monde", 15 Oct 1999
Les mille et une trouvailles d'une exposition chantier
Catherine BédaridaPlus qu'une présentation d'oeuvres, quasiment absentes, les ZAC présentées au Musée d'art moderne apparaissent surtout comme un espace d'information et de rencontres autour des structures artistiques invitées, dans un cadre moins vivant que leurs propres lieux. Collés aux murs, posés en piles sur les tables ou à même le sol, des dizaines de flyers (tracts) carrés, rectangulaires, format boîte d'allumettes ou carte postale, sont à la disposition des visiteurs. On y trouve de tout : des annonces d'expositions, des cartes de visite de graphistes, des conseils ( « Problèmes d'humeur ? Solutions sonores »), des adresses de coiffeurs-artistes...
« How are you ? », demande Olga Kisseleva, une plasticienne qui a commencé à poser la question à la Biennale de Saint-Pétersbourg en 1996 et continue depuis. Assis à des tables de pique-nique en plastique, sous des parasols qui font de la publicité pour des boissons gazeuses, les visiteurs remplissent la feuille blanche offerte par l'artiste. Laissée sur place, elle deviendra une pièce de l'exposition. Les quatre architectes qui forment l'association Périphériques produisent les maquettes de leurs dernières réalisations (un café-musique à Savigny-le-Temple) et des extraits de leur exposition sur la maison individuelle. Invités par le ministère à concourir pour le projet de Musée des arts premiers quai Branly, ils ne sont plus tout à fait dans la marge, même s'ils en conservent une analyse décapante de l'architecture en France.
« VANDALES » ITALIENS
Leur nouvelle revue, IN-EX, propose près de 500 pages au format livre, avec un style de photo moins léché que les images des publications spécialisées. Des plasticiens sont invités à présenter leur travail. Mais, malgré les critiques de Périphériques à l'égard des « notables » de la profession, les quelque 120 pages d'interviews accueillent surtout des architectes connus et reconnus - Jean Nouvel, Francis Soler, Massimiliano Fuksas...
En plus de sa fonction d'information, la manifestation ZAC se traduit chaque jour par des débats et des performances qui permettent aux jeunes artistes d'entrer en relation les uns avec les autres. « Nous sommes des vandales, ou peut-être des constructeurs », se sont présentés trois jeunes Italiens au cours du premier week-end. Conservant l'anonymat, ils ont revendiqué leur stratégie de piratage de sites artistiques, lors d'un débat sur l'art et l'Internet. « Nous refusons la notion d'auteur sur Internet, car l'auteur, c'est le réseau, c'est l'interactivité non pas entre souris qui cliquent mais entre personnes. » Sur leur site (0100101110101101.ORG), on trouve trace de leur polémique avec une galerie privée américaine qui défend ses droits, y compris sur Internet. « Internet doit rester exempt de ces problèmes de faux, de plagiats, de droits qui ont envahi le marché de l'art », protestent les « vandales ». L'artiste néerlandais Jodi, auteur d'un site très imaginatif du même nom, également piraté par ces 01 anonymes, n'a pas souhaité les attaquer.
Les vandales
Le site de trois jeunes artistes italiens qui piratent d'autres sites InternetJodi
Le site de deux artistes Joan et Dirk